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Le.blog.catholique.de.Véronique (Blog personnel)

Sainteté et séparation (Enseignement - Spiritualité)

18 Juillet 2013, 21:02pm

Publié par Véronique

Lu ici : Abbaye Sainte-Anne de Kergonan, Moines bénédictins

 

Sainteté et séparations

« En un instant je compris ce qu'était la vie ; jusqu'alors je ne l'avais pas vue si triste, mais elle m'apparut dans toute sa réalité, je vis qu'elle n'était qu'une souffrance et qu'une séparation continuelle.1 »

La vie n'est qu'une séparation continuelle, écrivait la petite Thérèse à l'âge de neuf ans. Sans s'en rendre compte, Thérèse nous livre ici une grande vérité théologique : nous sommes tous appelés à la sainteté, c'est à dire à la séparation ! Le mot saint traduit le mot hébreu qadosh. Voici le sens exact de ce mot :

« Lorsque nous utilisons le mot saint, pour dire une personne sainte, nous associons généralement cela avec l'idée d'une personne pieuse ou juste. Si nous utilisons ce concept dans l'interprétation de la sainte Parole dans la Bible hébraïque, nous faisons une erreur de lecture du texte car ce n'est pas le sens du mot hébreu qadosh. Qadosh signifie littéralement « être mis à part pour un but particulier ». [...] Israël a été qadosh parce qu'il a été séparé des autres nations en tant que serviteur de Dieu. Le mobilier dans le tabernacle était qadosh car il ne devait pas être utilisé pour autre chose que pour les travaux dans le tabernacle. Et bien que nous ne nous considérions pas comme saints, nous sommes en fait mis à part du monde pour être les serviteurs de Dieu et ses représentants. »2

La sainteté consiste donc à être séparé pour un objectif particulier, un service particulier.

Quelques années de vie nous montrent qu'on souffre toujours d'un détachement. Un détachement n'est rien d'autre qu'une séparation d'avec quelque chose ou quelqu'un à l'égard de quoi ou de qui nous avons un attachement. Cet attachement peut-être licite et n'est pas mauvais a priori. Il n'est pas le lieu ici d'examiner dans quel cas un attachement est mauvais et dans quel cas il ne l'est pas.

La véritable question est de savoir pour quoi ou pour qui nous sommes faits. Saint Augustin répond : « Tu nous as faits pour Toi, et notre coeur est sans repos tant qu'il ne repose en Toi.3 » Notre coeur n'est pas capable de s'attacher simultanément à deux réalités différentes à la fois et sous le même rapport. Or nous sommes faits pour être saints, autrement dit séparés ! La seule réalité à laquelle nous puissions nous attacher avec vérité, certitude, détermination, est assurément celle pour laquelle nous sommes faits : nous sommes faits pour Dieu. Par voie de conséquences toutes les autres réalités auxquelles nous seront attachées doivent disparaitre, si elles ne sont pas envisagées par nous, dans et par l'unique réalité pour laquelle nous faits, Dieu.

Devenir saint c'est consentir à toutes les séparations qui nous conduiront à l'unique attachement pour lequel nous avons été créés : Dieu. La sainteté est d'autant plus une occasion de souffrances, que nous refusons les séparations auxquelles Dieu nous invite à consentir. Une séparation est toujours douloureuse, mais si nous avons le regard fixé sur le but, alors nous comprenons que chaque séparation est en fait une occasion d'être davantage attachés à Dieu. Il nous faut donc aller de détachement terrestre en détachement terrestre, afin d'entrer dans un attachement de plus en plus amoureux pour Celui qui nous a faits pour Lui, et sans Qui notre coeur ne peut connaître véritablement de repos.

Il ne faudrait cependant pas croire que les séparations – ou bien les attachements, selon la manière dont on voit la chose –, soient les seules causes de souffrance ! À vrai dire, la souffrance demeure, même quand les séparations sont consenties, voire voulues et désirées. Mais alors la souffrance n'est plus la même. On souffre toujours, mais on sait que ce n'est pas en vain, on sait que le remède est à prendre, même si il n'est pas très agréable, voire pénible. Avant on souffrait par notre résistance, ce qui est stérile, et souvent bien plus douloureux. Mais c'est déjà trop de parler ainsi de la souffrance, car chacun connait sa propre souffrance et pas celle des autres... il vaut donc mieux garder le silence sur ce sujet là.

Ce qui est certain, c'est que progressivement naît en l'âme le besoin de consentir à cette séparation, à cette sainteté, parce qu'il n'y a pas d'autre alternative qui puisse laisser au coeur la paix, la vraie paix. On commence alors à goûter les choses d'en haut, comme dit Saint Paul. Les choses de la terre semblent tout simplement trop passagères pour que nous puissions nous y attacher avec sérieux. Thérèse d'Avila écrivait : « Et ce qui vous détruit, c'est d'avoir engagé votre puissance d'amour dans des passe-temps enfantins. » Chemin de perfection (Escorial) ch. 71,1. Nos attachements ne sont pas forcement tous enfantins : ils sont souvent disproportionnés : nous pensons pouvoir recevoir du monde créé le bonheur incréé pour lequel nous sommes faits. C'est incohérent ! Il nous faut apprendre à voir l'invisible (He 11, 27). Comme me le disait un frère : « Les saints ne voient plus dans les choses créées, que Dieu. » Les saints sont déjà séparés, ils devinent l'invisible : ils ont compris qu'aimer, c'est habiter avec le coeur. En somme cette séparation, cette sainteté, est une affaire de coeur : plus notre coeur s'est laissé séduire – c'est à dire séparer – par le seul Être qui puisse combler ses créatures, plus nous avons perçu les murmures divins dans les événements de nos vies – heureux ou douloureux –, plus aussi nous percevons qu'Il ne nous forcera pas à choisir de Lui faire une confiance éperdue. Son joug est doux et son fardeau léger : Jésus ne demande rien d'autre que la confiance. « ...j'ai compris […] que chaque âme était libre de répondre aux avances de Notre-Seigneur, de faire peu ou beaucoup pour Lui, en un mot de choisir entre les sacrifices qu'Il demande. 4» Dès lors, rien d'autre ne peut avoir de sens que de lui faire une confiance justement éperdue, éternellement éperdue, une confiance qui ira bien au delà de la mort. Telle est sans doute la liberté des saints, le vrai bonheur.

 

1 Ms A Folio 25v°

2 When we use the word holy, as in a holy person, we usually associate this with a righteous or pious person. If we use this concept when interpreting the word holy in the Hebrew Bible then we are misreading the text as this is not the meaning of the Hebrew word qadosh. Qadosh literally means "to be set apart for a special purpose". A related word, qedesh, is one who is also set apart for a special purpose but not in the same way we think of "holy" but is a male prostitute (Deut 23:17). Israel was qadosh because they were separated by the other nations as servants of God. The furnishings in the tabernacle were qadosh as they were not to be used for anything except for the work in the tabernacle. While we may not think of ourselves as "holy" we are in fact set apart from the world to be God's servants and representatives. (http://www.ancient-hebrew.org/27_holy.html)

3 Confessions I, 1 , 1

4 Manuscrit A Folio 10v°

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