PENDANT LE RITE DE LA DÉFINITION SOLENNELLE
DOGMATIQUE DE L'APPORT DE LA
BÉNIE VIERGE DANS L'ÂME ET LE CORPS AU CIEL*
Mercredi 1er novembre 1950
Vénérables frères et bien-aimés fils et filles, accordez-vous à notre présence, et vous tous qui nous écoutez en cette sainte Rome et dans chaque région du monde catholique !
Émus par la proclamation, comme dogme de foi, de l’Assomption de la Très Sainte Vierge en âme et en corps au ciel ; exultants par la joie qui inonde le cœur de tous les croyants, comblés par leurs désirs fervents ; Nous ressentons irrésistiblement le besoin d’élever avec vous un hymne de remerciement à l’aimable providence de Dieu, qui a voulu réserver pour vous la joie de ce jour et pour Nous le réconfort de serrer le front de la Mère de Jésus et notre Mère, Marie, avec le diadème brillant, qui couronne ses prérogatives singulières.
Par un dessein divin impénétrable, sur les hommes de la génération présente, si tourmentée et douloureuse, égarée et déçue, mais aussi sainement inquiète dans la recherche d’un grand bien perdu, s’ouvre un bord lumineux du ciel, rayonnant de clarté, d’espérance, de vie bienheureuse, où sont assises la Reine et la Mère, à côté du Soleil de justice, Marie.
Longtemps invoqué, ce jour est enfin à Nous ; il est enfin à vous. Voix des siècles - ou plutôt, dirons-nous, voix de l’éternité - est la nôtre qui, avec l’assistance du Saint-Esprit, a solennellement défini le privilège insigne de la Mère céleste. Et votre cri est un cri de siècles, qui éclate aujourd’hui dans l’immensité de ce lieu vénérable, déjà sacré aux gloires chrétiennes, point d’attache spirituel de tous les peuples, et maintenant fait autel et temple pour votre débordante piété.
Comme secouées par les palpitations de vos cœurs et par l’émotion de vos lèvres, vibrent les pierres mêmes de cette Basilique patriarcale, et avec elles il semble qu’elles jubilent à travers des arcanes qui tressaillent aux innombrables et anciens temples, élevés partout en honneur de l’Assomption, monuments d’une foi unique et piédestaux terrestres du trône céleste de gloire de la Reine de l’univers.
En ce jour de joie, à partir de cette ouverture du ciel, avec la vague de l’exultation angélique qui rejoint celle de toute l’Église militante, un torrent de grâces et d’enseignements ne peut pas ne pas descendre sur les âmes, suscitants féconds de sainteté renouvelée.
C’est pourquoi, à une créature si élevée, levons fièrement nos yeux de cette terre, en ce temps qui est le nôtre, parmi notre génération, et crions à tous : au ciel les cœurs !
Aux nombreuses âmes inquiètes et angoissées, triste héritage d’un âge bouleversé et turbulent, âmes opprimées mais non résignées, qui ne croient plus à la bonté de la vie et n’acceptent que l’instant, presque forcée, l’humble et ignorée Fille de Nazareth, maintenant glorieuse dans les cieux, ouvrira des visions plus élevées, et les réconfortera à contempler à quel destin et à quelles œuvres fut sublimée Celle qui, élue par Dieu pour être la Mère du Verbe incarné, accueillit docilement la parole du Seigneur.
Et vous, plus particulièrement proches de Notre cœur, angoisse tourmentée de Nos jours et de Nos nuits, sollicitude angoissante de chacune d’entre nous, maintenant, vous, pauvres, malades, réfugiés, prisonniers, persécutés, bras sans travail et membres sans toit, souffrants de toute sorte et de tout pays ; vous à qui le séjour terrestre ne semble donner que des larmes et des privations, malgré tous les efforts qu’on fait et qu’on doit faire, afin de vous venir en aide, - levez les yeux vers Celle qui avant vous a parcouru les chemins de la pauvreté, du mépris, de l’exil, de la douleur, dont l’âme même fut transpercée par une épée au pied de la Croix, et maintenant il fixe sans hésiter son œil dans la lueur éternelle.
A ce monde sans paix, meurtri par les méfiances réciproques, par les divisions, par les contrastes, par les haines, parce qu’en lui la foi est affaiblie et presque éteint le sens de l’amour et de la fraternité dans le Christ, tandis que nous supplions avec toute l’ardeur que l’Assomption marque le retour de la chaleur d’affection et de vie dans les cœurs humains, Nous ne nous lasserons pas de rappeler que rien ne doit jamais prévaloir sur le fait et sur la conscience d’être tous enfants d’une même Mère, Marie, qui vit dans les cieux, lien d’union pour le Corps mystique du Christ, comme nouvelle Ève et nouvelle mère des vivants, que tous les hommes veulent conduire à la vérité et à la grâce de son Fils divin.
Et maintenant prosternez-vous avec dévotion, priez ! ».
*Discours et messages radio de sa Sainteté Pie XII, XII,
Douzième année de pontificat, 2 mars 1950 - 1er mars 1951, p. 279 - 280
Typographie Polyglot Vatican
Il y'a 80 ans, le 1er novembre 1946, au jour de la fête de la Toussaint, le jeune Karol Jozef Wojtyla, futur Saint Jean Paul II, était ordonné prêtre à l'âge de 26 ans.
On appelle indulgences la rémission devant Dieu de la peine temporelle due aux péchés déjà pardonnés quant à la faute, rémission qui est accordée par l'Eglise en dehors du sacrement de pénitence.
1e - Le jour des morts, 2 novembre :
les fidèles qui s'étant confessés dans les huit jours avant ou après, et ayant communié, visitent une église en vue de prier pour les défunts, et qui récitent aux intentions du Souverain Pontife un Pater (Notre Père) et un Credo (Je crois en Dieu), gagnent une indulgence plénière (c'est-à-dire toute la remise de la peine temporelle) applicable seulement aux âmes du purgatoire.
2e - Du 1er au 9 novembre :
Les fidèles peuvent gagner chaque jour, une fois par jour, une indulgence plénière, applicable aux âmes du purgatoire, en visitant un cimetière et en priant pour les défunts. Pour gagner cette indulgence plénière, il faut avoir au moins l'intention générale de la gagner, accomplir intégralement les oeuvres prescrites (confession, communion, prière pour le Souverain Pontife) et être en état de grâce même être détaché de tout péché véniel.
◼ 1. Une indulgence plénière, applicable seulement aux âmes du Purgatoire, est accordée au fidèle qui :
1° visite dévotement le cimetière et prie pour les défunts, ne serait-ce que mentalement, le 1er novembre et le 8 novembre ;
2° le jour où est célébrée la commémoration de tous les fidèles défunts (ou bien, avec le consentement de l’Ordinaire, le dimanche précédent ou suivant, ou le jour de la solennité de la Toussaint), visite pieusement une église ou un oratoire et y récite le Pater ou le Credo.
◼ 2. Une indulgence partielle applicable seulement aux âmes du Purgatoire, est accordée au fidèle qui :
1° visite dévotement un cimetière et prie pour les défunts, ne serait-ce que mentalement ;
2° récite dévotement les Laudes ou les Vêpres de l’Office des défunts, ou l’invocation Requiem aeternam.
Les assemblées d’évêques compétentes auront soin d’ajouter aux éditions de l’Enchiridion en diverses langues, les prières pour les défunts les plus courantes dans leur territoire et les plus chères aux fidèles.
29 ◼ 1, 1° : EI 1986, conc.13.
◼ 1, 2° : EI 1986, conc.67 (voir aussi la norme 19 ci-dessus)
◼ 2, 1 : EI 1986, conc.13.
◼ 2, 2°: EI 1986, conc. 13.
EI 1986 : Enchiridion indulgentiarum. Normae et concessiones, 29 juin 1968.
Sancti estote, quia ego Sanctus sum.
Soyez saints, parce que je suis saint.
(Lévit., XIXx, 2.)
Soyez saints, parce que je suis saint, nous dit le Seigneur. Pourquoi, M.F., Dieu nous fait-il un commande-ment semblable ? C'est que nous sommes ses enfants, et, si le Père est saint, les enfants le doivent être aussi. Il n'y a que les saints qui peuvent espérer le bonheur d'aller jouir de la présence de Dieu qui est la sainteté même. En effet, être chrétien, et vivre dans le péché, c'est une contradiction monstrueuse. Un chrétien doit être un saint. Oui, M.F., voilà la vérité que l'Élise ne cesse de nous répéter, et, afin de la graver dans nos cœurs, elle nous représente un Dieu infiniment saint, sanctifiant une multitude infinie de saints qui semblent nous dire : « Souvenez-vous, chrétiens, que vous êtes destinés à voir Dieu et à le posséder ; mais vous n'aurez ce bonheur qu'autant que vous aurez retracé en vous, pendant votre vie mortelle, son image, ses perfections, et particulièrement sa sainteté, sans laquelle nul ne le verra. » Mais, M.F., si la sainteté de Dieu parait au--dessus de nos forces, considérons ces âmes bienheureuses, cette multitude de créatures de tout âge, de tout sexe et de toute condition, qui ont été assujetties aux mêmes misères que nous, exposées aux mêmes dangers, sujettes aux mêmes péchés, attaquées par les mêmes ennemis, environnées des mêmes obstacles. Ce qu'elles ont pu faire, nous le pouvons aussi, nous n'avons aucune excuse pour nous dispenser de travailler à notre salut, c'est-à-dire à devenir saints. Je n'ai donc pas autre chose à vous prouver, que l'indispensable obligation où nous sommes de devenir des saints ; et pour cela, je vais vous montrer !° en quoi consiste la sainteté ; 2° que nous pouvons l'acquérir aussi bien que les saints, ayant comme eux les mêmes difficultés et les mêmes secours.
I. – Les mondains, pour se dispenser de travailler à acquérir la sainteté, ce qui, sans doute, les gênerait trop dans leur manière de vivre, veulent vous faire croire que, pour être des saints, il faut faire des actions éclatantes, s'appliquer à des pratiques de dévotion extraordinaires, embrasser de grandes austérités, faire beaucoup de jeûnes, quitter le monde pour s'enfoncer dans les déserts, afin d'y passer les jours et les nuits en prières. Sans doute cela est très bon, c'est bien la route que beaucoup de saints ont suivie ; mais ce n'est pas ce que Dieu demande de tous. Non, M.F., ce n'est pas ce qu'exige de nous notre sainte religion ; au contraire, elle nous dit : « Levez les yeux au Ciel, et voyez si tous ceux qui en remplissent les premières places ont fait des choses merveilleuses. Où sont les miracles de la sainte Vierge, de saint Jean-Baptiste, de saint Joseph ? » Écoulez, M.F. : Jésus-Christ lui-même dit que plusieurs, au jour du jugement, s'écrieront : « Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé en votre nom ; n'avons-nous pas chassé les démons et fait des miracles ? » « Retirez--vous de moi, ouvriers d'iniquité, leur répondra le juste Juge ; quoi ! vous avez commandé à la mer, et vous n'avez pas su commander à vos passions ? Vous avez délivré les possédés du démon, et vous en avez été les esclaves ? Vous avez fait des miracles, et vous n'avez pas observé mes commandements ?... Allez, misérables, au feu éternel ; vous avez fait de grandes choses, et vous n'avez rien fait pour vous sauver et mériter mon amour. » Vous voyez donc, M.F., que la sainteté ne consiste pas à faire de grandes choses, mais à garder fidèlement les commandements de Dieu, et à remplir ses devoirs dans l'état où le bon Dieu nous a placés.
Nous voyons souvent une personne du monde, qui remplit fidèlement les petits devoirs de son état, être plus agréable à Dieu que les solitaires dans leurs déserts. Voici un exemple qui vous en convaincra : Il y avait dans le désert deux solitaires...
Voilà, M.F., ce que c'est que la sainteté, et ce qu'est un saint, aux yeux de la religion. Dites-moi, est-ce bien difficile de se sanctifier dans l'état où le bon Dieu vous a placés ? Pères et mères, imitez ces deux saints ; voilà vos modèles : suivez-les et vous deviendrez aussi saints. Faites comme eux ; en tout, tâchez de plaire à Dieu, de faire tout pour son amour, et vous serez des prédestinés. Voulez-vous encore savoir ce qu'est un saint aux yeux de la religion ? C'est un homme qui craint Dieu, qui l'aime sincèrement et qui le sert avec fidélité ; c'est un homme qui ne se laisse point enfler par l'orgueil, ni dominer par l'amour-propre, qui est vraiment humble et petit à ses propres yeux ; qui, étant dépourvu des biens de ce monde, ne les désire pas, ou qui, les possédant, n'y attache pas son cœur ; c'est un homme qui est ennemi de toute acquisition injuste ; c'est un homme qui, possédant son âme dans la patience et la justice, ne s'offense pas d'une injure qu'on lui fait. Il aime son ennemi, il ne cherche pas à se venger. II rend tous les services qu'il peut à son prochain, il partage volontiers son bien avec les pauvres ; il ne cherche que Dieu seul, méprise les biens et les honneurs de ce monde. N'aspirant qu'aux biens du ciel, il se dégoûte des plaisirs de la vie et ne trouve son bonheur que dans le service de Dieu. C'est un homme qui est assidu aux offices divins, qui fréquente les sacrements, et qui s'occupe sérieusement de son salut ; c'est un homme qui, ayant horreur de toute impureté, fuit les mauvaises compagnies autant qu'il peut, pour conserver purs son corps et son âme. C'est un homme qui se soumet en tout à la volonté de Dieu, dans toutes les croix et les traverses qui lui arrivent ; qui n'accuse ni l'un ni l'autre, mais qui reconnaît que la justice divine s'appesantit sur lui à cause de ses péchés. C'est un bon père qui ne cherche que le salut de ses enfants, en leur donnant l'exemple lui-même, et ne faisant jamais rien qui puisse les scandaliser. C'est un maître charitable, qui aime ses domestiques comme ses frères et ses sœurs. C'est un fils qui respecte son père et sa mère, et qui les considère comme tenant la place de Dieu même. C'est un domestique qui voit, dans la personne de ses maîtres, Jésus-Christ lui-même, qui lui commande par leur bouche. Voilà, M.F., ce que vous appelez simplement un honnête homme. Mais voilà ce que Dieu appelle l'homme de miracle, le saint, le grand saint. « Quel est celui-là ? nous dit le Sage, nous le comblerons de louanges, non parce qu'il a fait des choses merveilleuses dans sa vie, mais parce qu'il a été éprouvé par les tribulations, et qu'il a été trouvé parfait ; sa gloire sera éternelle . »
Que doit-on entendre par une sainte fille ? Une sainte fille, c'est celle qui fuit les plaisirs et la vanité ; qui fait son bonheur de plaire à Dieu et à ses parents ; qui aime à fréquenter les offices et les sacrements ; une fille qui aime la prière ; c'est, en un mot, celle qui préfère Dieu à tout. J'oserai en citer un exemple surprenant, mais véritable, tiré de l'histoire ecclésiastique, et sur lequel toutes pourront prendre modèle. Du temps de la persécution qui sévit sur la ville de Ptolémaïde, les filles chrétiennes brillèrent par leur vertu. Il y en avait un très grand nombre d'une naissance distinguée ; elles étaient si pures, qu'elles aimaient mieux souffrir la mort que de perdre leur chasteté ; elles se coupèrent elles-mêmes les lèvres et une partie du visage, pour paraître plus hideuses à ceux qui s'approchaient d'elles. Elles furent déchirées avec des ongles de fer et par les dents des lions. Ces filles incomparables aimèrent mieux endurer tous ces tourments, que d'exposer leur corps à la passion des libertins. Oh ! que cet exemple condamnera un jour de ces filles volages, qui ne pensent qu'à paraître, à s'attirer les regards du monde, au point d'en devenir méprisables !... Ne leur citerais-je pas encore l'exemple de sainte Colette , cette vierge si pure et si réservée, qui craignait autant de se faire voir, que les filles de ce siècle ont de souci de se montrer. Elle entendit un jour dans une compagnie, des louanges qu'on donnait à sa beauté ; elle en rougit, et alla tout de suite se prosterner devant son crucifix. « Ah ! mon Dieu, s'écria-t-elle en pleurant, cette beauté que vous m'avez donnée, sera-t-elle cause de la perte de mon âme et de celle d'autres personnes ? » Dès ce moment, elle quitta le monde et alla se renfermer dans un monastère, où elle livra son corps à toutes sortes de macérations. En mourant, elle donna des marques visibles qu'elle avait conservé son âme pure, non seulement aux yeux du monde, mais encore aux yeux de Dieu. Je reconnais bien que ces deux exemples sont un peu extraordinaires, et qu'il y en a peu qui puissent les imiter ; mais voilà celui qui vous convient parfaitement. Écoutez bien, jeunes gens et vous verrez que, si vous voulez suivre l'attrait de la grâce, vous serez bientôt désabusés des plaisirs et des vanités de ce monde qui vous éloignent de Dieu.
Il est rapporté qu'une jeune demoiselle de Franche--Comté, nommée Angélique, avait beaucoup d'esprit, mais était fort mondaine. Ayant entendu un prédicateur prêcher contre le luxe et la vanité dans les habits, elle vint se confesser à ce prédicateur. Celui-ci lui fit si bien comprendre combien elle était coupable et pouvait perdre d'âmes, que, dès le lendemain, elle quitta toutes ses vanités, et se vêtit d'une manière très simple et chrétienne. Sa mère qui était comme la plupart de ces pauvres aveugles, qui semblent n'avoir des enfants que pour les jeter dans les enfers en les remplissant de vanité, la reprit de ce qu'elle ne s'habillait plus comme autrefois. « Ma mère, lui répondit-elle, le prédicateur à qui j'ai été me confesser me l'a défendu. » Sa pauvre mère, aveuglée par la colère, va trouver le confesseur, et lui demande s'il était vrai qu'il eût défendu à sa fille de s'habiller selon la belle mode. « Je ne sais point, lui dit le confesseur, ce que j'ai dit à votre fille ; mais, il vous suffit de savoir que Dieu défend de s'habiller selon la mode, lorsque cette mode n'est pas selon Dieu, lors-qu'elle est criminelle et dangereuse pour les âmes. » – « Mon Père, qu'appelez-vous donc mode criminelle et dangereuse ? » -- « C'est, par exemple, de porter des habits trop ouverts, ou qui font trop sentir la forme du corps ; de porter des vêtements trop riches et plus coûteux que nos moyens ne nous le permettent. » Il lui montra ensuite tous les dangers de ces modes, et tous les mauvais exemples qu'elles donnaient. – « Mon Père, lui dit cette femme, si mon confesseur m'en avait dit autant que vous, jamais je n'aurais donné la permission à ma fille de porter toutes ces vanités, et moi-même j'aurais été plus sage ; cependant mon confesseur est un homme bien savant ; or, que m'importe qu'il soit savant, s'il me laisse vivre à ma liberté, et en danger de me perdre pour l'éternité. » Lorsqu'elle fut de retour, elle dit à sa fille : « Bénissez le bon Dieu d'avoir trouvé un tel confesseur, et suivez ses avis. » Cette jeune demoiselle eut dans la suite de terribles combats à soutenir de la part de ses autres compagnes, qui la raillaient et la tournaient en ridicule. Mais le plus rude assaut qu'elle eut à soutenir, lui vint de la part de certaines personnes qui entreprirent de la faire changer de sentiment. « Pourquoi, lui dirent-elles, ne vous habillez-vous pas comme les autres ? » – « Je ne suis pas obligée de faire comme les autres, répondit Angélique, je m'habille comme celles qui font bien, et non comme celles qui font mal. » – « Eh quoi ! faisons-nous mal de nous habiller comme vous voyez ? » – « Oui, sans doute, vous faites mal, parce que vous scandalisez ceux qui vous regardent. » – « Pour moi, dit l'une d'entre elles, je n'ai point de mauvaise intention ; je m'habille à ma façon, tant pis pour ceux qui s'en scandalisent. » – « Tant pis pour vous aussi, reprit Angélique, puisque vous en êtes l'occasion ; si nous devons craindre de pécher nous--mêmes, nous devons aussi craindre de faire pécher les autres. » – «Quoi qu'il en soit de vos bonnes raisons, répondit une autre, si vous ne vous habillez plus comme nous, vos amies vous quitteront, et vous n'oserez plus paraître dans les belles compagnies et dans les bals. » – « J'aime mieux, leur répondit Angélique, la compagnie de ma chère mère, de mes sœurs et de quelques filles sages, que toutes ces belles compagnies et ces bals. Je ne m'habille pas pour paraître agréable, mais pour me couvrir ; les vrais agréments d'une fille ne doivent pas consister dans les habits, mais dans la vertu. Au reste, Mesdames, si vous pensez de la sorte, vous ne pensez pas en chrétiennes, et il est honteux que, dans une religion aussi sainte qu'est la nôtre, l'on s'y permette de tels abus contre la modestie. » Après tous ces discours, une personne de la compagnie dit: « En vérité, il est honteux qu'une jeune fille de dix-huit ans nous fasse la leçon : son exemple sera un jour notre condamnation. Que nous sommes aveugles de tant faire de choses pour plaire au monde, qui, dans la suite, se moque de nous ! » Angélique persévéra toujours dans ses bons sentiments, malgré tout ce qu'on pût lui dire. Eh bien, M.F., qui vous empêcherait de faire ce que faisait cette jeune comtesse ? Elle s'est sanctifiée en vivant dans le monde, mais en ne vivant pas pour le monde. Oh ! que cet exemple sera un sujet de condamnation pour un grand nombre de chrétiens au jour du jugement !
On peut devenir saint, même dans l'état du mariage. L'Esprit-Saint, dans l'Écriture, se plaît à faire le portrait de la sainte femme ; et conformément à la description qu'il en donne , je vous dirai qu'une femme sainte, est celle qui aime et respecte son mari, qui veille avec soin sur ses enfants et ses domestiques, qui est attentive à les faire instruire et à les faire approcher des sacrements, qui s'occupe de son ménage, et non de la conduite de ses voisins ; elle est réservée dans ses dis-cours, charitable dans ses œuvres, ennemie des plaisirs du monde ; une femme de ce caractère, dis-je, est une âme juste, le Seigneur la loue, là canonise ; en un mot, c'est une sainte. Vous voyez donc, M.F., que pour être un saint, il n'est pas nécessaire de tout quitter ; mais de bien remplir les devoirs de l'état où Dieu nous a placés, et faire tout ce que nous faisons, dans la pensée de lui plaire. L'Esprit-Saint nous dit que pour être saint, il ne faut que nous éloigner du mal et faire le bien . Voilà, M.F., la sainteté qu'ont eue tous les saints et que nous devons avoir. Ce qu'ils ont fait, nous le pouvons aussi, avec la grâce de Dieu ; puisque nous avons comme eux les mêmes obstacles à notre salut, et les mêmes secours pour les surmonter.
II. – Je dis 1° que les saints ont eu les mêmes obstacles que nous pour parvenir à la sainteté : obstacles au dehors, obstacles au dedans. Obstacles du côté du monde : le monde était alors ce qu'il est aujourd'hui, aussi dangereux dans ses exemples, aussi corrompu dans ses maximes, aussi séduisant dans ses plaisirs, toujours ennemi de la piété et toujours prêt à la tourner en ridicule. La preuve en est que la plupart des saints ont méprisé et fui le monde avec soin ; ils ont préféré la retraite aux assemblées mondaines, et même, plu-sieurs, craignant de s'y perdre, l'ont abandonné entièrement ; les uns, pour aller passer le reste de leurs jours dans des monastères, et les autres, au fond des déserts, tels qu'un saint Paul, ermite, un saint Antoine , une sainte Marie Égyptienne et tant d'autres.
Obstacles du côté de leur état : plusieurs étaient, comme vous, engagés dans les affaires du siècle, accablés des embarras d'un ménage, du soin des enfants, obligés, pour le plus grand nombre, à gagner leur vie à la sueur de leur front ; or, bien loin de penser, comme nous, qu'ils se sauveraient plus facilement dans un autre état, ils étaient persuadés qu'ils avaient plus de grâces dans celui où la Providence les avait placés. Ne voyons--nous pas que dans le tumulte du monde et au milieu des embarras d'une famille et d'un ménage, se sont sauvés le plus grand nombre de saints, tels que Abraham, Isaac, Jacob, Tobie, Zacharie, la chaste Suzanne, le saint homme Job, sainte Élisabeth : tous ces grands saints de l'Ancien Testament, n'étaient-ils pas engagés dans le monde ? Sous la nouvelle Loi, pouvez-vous compter le nombre de ceux qui se sont sanctifiés dans la vie ordinaire ? Aussi, saint Paul nous dit que les saints jugeront les nations . N'est-ce donc pas dire, qu'il n'y aura pas un homme sur la terre, qui ne trouve quelque saint dans son état, pour être la condamnation de sa lâcheté, en lui montrant qu'il aurait pu, aussi bien que lui, faire ce qui lui a mérité le ciel ?
Si maintenant, des obstacles extérieurs nous passons à ceux du dedans, nous verrons que les saints ont eu autant de tentations et de combats que nous pouvons en avoir, et peut-être encore plus. D'abord, du côté des habitudes ; ne croyez pas, M.F., que les saints aient toujours été des saints. Combien en est-il qui ont mal commencé, et qui ont vécu longtemps dans le péché ? Voyez le saint roi David, voyez saint Augustin, sainte Madeleine. Prenons donc courage, M.F., quoique bien pécheurs, nous pouvons cependant devenir des saints. Si ce n'est pas par l'innocence, ce sera du moins par la pénitence ; car le plus grand nombre des saints s'est sanctifié de cette manière.
Mais, me direz-vous, il en coûte trop ! – Il en coûte trop, M.F. ? Croyez-vous qu'il n'en ait rien coûté aux saints ? Voyez David, qui trempe son pain de ses larmes, qui arrose son lit de ses pleurs . Croyez-vous qu'il n'en coûtât rien à un roi comme lui ! Croyez-vous qu'il lui fut indifférent de se donner en spectacle à tout son royaume, et de servir à tous de risée ? Voyez sainte Madeleine : au milieu d'une nombreuse assemblée, elle se jette aux pieds du Sauveur, accuse publiquement ses crimes dans l'abondance de ses larmes ; elle suit Jésus-Christ jusqu'au pied de la croix , et répare par de longues années de pénitence, quelques années de faiblesse ; pensez-vous, M.F., que de pareils sacrifices ne lui aient coûté aucun effort ? Je ne doute pas que vous n'appeliez heureux les saints qui ont fait une pareille pénitence, et versé tant de larmes. Hélas ! si comme ces saints, nous pouvions comprendre la grandeur de nos péchés, la bonté du Dieu que nous avons outragé ; si, comme eux, nous pensions à l'enfer que nous avons mérité, à notre âme que nous avons perdue, au sang de Jésus-Christ que nous avons profané ! Ah ! si nous avions toutes ces pensées dans nos cœurs, que de larmes nous verserions, que de pénitences nous ferions pour tâcher d'apaiser la justice de Dieu que nous avons irrité !
Croyez-vous que les saints soient parvenus sans travail à cette simplicité, à cette douceur, qui les portaient au renoncement de leur propre volonté, toutes les fois que l'occasion s'en présentait ? Oh ! non, M.F. ! Écoutez saint Paul: « Hélas, je fais le mal que je ne voudrais pas, et je ne fais pas le bien que je voudrais ; je sens dans mes membres une loi qui se révolte contre la loi de mon Dieu. Ah ! que je suis malheureux ! qui me délivrera de ce corps de péché ? » Quels combats n'eurent pas à souffrir les premiers chrétiens, en quittant une religion qui ne tendait qu'à flatter leurs passions, pour en embrasser une qui ne tendait qu'à crucifier leur chair ? Croyez-vous que saint François de Sales n'a point eu de violences à se faire, pour devenir aussi doux qu'il était ? Que de sacrifices il lui fallut faire !... Les saints n'ont été saints qu'après bien des sacrifices et beaucoup de violences.
En 2° lieu, je dis que nous avons les mêmes grâces qu'eux. Et d'abord, le Baptême n'a-t-il pas la même vertu de nous purifier, la Confirmation de nous fortifier, la Pénitence de remettre nos péchés, l'Eucharistie d'affaiblir en nous la concupiscence et d'augmenter la grâce en nos âmes ? Quant à la parole de Jésus-Christ, n'est--elle pas toujours la même ? N'entendons-nous pas à chaque instant ce conseil : « Quittez tout et suivez-moi. » C'est ce qui convertit saint Antoine, saint Arsène, saint François d'Assise. Ne lisons-nous pas dans l'Évangile cet oracle : « Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il vient à perdre son âme ? » N'est-ce pas ces paroles qui convertirent saint François Xavier, et qui, d'un ambitieux, en firent un apôtre ? N'entendons-nous pas tous les jours : « Veillez et priez sans cesse. » « Aimez votre prochain comme vous-même. » N'est-ce pas cette doctrine qui a formé tous les saints ? Enfin, M.F., quant aux bons exemples, quelque déréglé que soit le monde, n'en avons-nous pas encore quelques-uns devant les yeux, et bien plus que nous n'en pourrions suivre ? Enfin, la grâce nous manque-t-elle plus qu'aux saints ? Ne comptons-nous donc pour rien ces bonnes pensées, ces salutaires inspirations de renoncer à tel péché, de quitter telle mauvaise habitude, de pratiquer telle vertu, de faire telle bonne œuvre ? N'est-ce pas une grâce que ces remords de conscience, ces troubles, ces inquiétudes que nous éprouvons lorsque nous avons péché ? Hélas ! M.F., combien de saints, aujourd'hui dans le ciel, ont reçu moins de grâces que nous ! Combien de païens, de chrétiens sont en enfer, qui, s'ils avaient reçu autant de grâces que nous, seraient devenus de grands saints !...
Oui, M.F., nous pouvons être des saints, et nous devons tous travailler à le devenir. Les saints ont été mortels comme nous, faibles et sujets aux passions comme nous ; nous avons les mêmes secours, les mêmes grâces, les mêmes sacrements ; mais il faut faire comme eux, renoncer aux plaisirs du monde, fuir le monde autant que nous le pourrons, être fidèles à la grâce : les prendre pour nos modèles ; car nous ne devons jamais perdre de vue qu'il nous faut être ou saints ou réprouvés, vivre ou pour le ciel ou pour l'enfer : il n'y a point de milieu. Concluons, M.F., en disant que si nous le voulons, nous pouvons être saints, car jamais le bon Dieu ne nous refusera sa grâce pour nous aider à le devenir. Il est notre Père, notre Sauveur et notre ami. Il soupire avec ardeur de nous voir délivrés des maux de la vie. Il veut nous combler de toutes sortes de biens, après nous avoir donné, déjà dans ce monde, d'immenses consolations, avant-goût de celles du ciel, que je vous souhaite.
Mirabilis Deus in sanctis suis.
Dieu est admirable dans ses saints.
(Ps. LXVII, 36)
Quand le saint roi David contemplait le ciel, la terre et tout ce qu'ils renferment, il s'écriait avec des trans-ports d'admiration : « Oh ! que Dieu est admirable dans ses œuvres ! » Mais quand il considérait ce que Dieu a fait pour l'homme, le chef-d’œuvre de sa puissance, de sa sagesse et de sa miséricorde, il s'écriait : « Oh ! qu'il est bon le Dieu d'Israël ! » Oui, M.F., Dieu est si bon pour les hommes, qu'il a donné son Fils pour nous sauver, et il a retracé dans les saints, toutes les vertus que Jésus-Christ a pratiquées pendant sa vie. Les saints sont comme autant de petits miroirs dans lesquels Jésus--Christ se contemple. Dans ses apôtres, il contemple son zèle et son amour pour le salut des âmes ; dans les martyrs, il contemple sa patience, ses souffrances et sa mort douloureuse ; dans les solitaires, il voit sa vie obscure et cachée ; dans les vierges, il admire sa pureté sans tache, et dans tous les saints sa charité sans borne ; de sorte, M.F., qu'en admirant les vertus des saints, nous ne faisons qu'admirer les vertus de Jésus-Christ, vertus dont il nous a donné lui-même l'exemple pendant sa vie mortelle. Quel bonheur pour nous, M.F., d'avoir devant les yeux des modèles, et des protecteurs en la personne des saints du ciel ! Ils sont toujours prêts à venir à notre secours quand nous les invoquons ; mais pour mériter ce bonheur, nous devons : 1° avoir une grande confiance en leur protection ; 2° respecter ce qui leur appartient, bien convaincus que l'honneur que nous leur rendons se rapporte tout à Dieu.
I. – Le culte que nous rendons à Dieu est bien différent de celui que nous rendons aux saints ; c'est un culte d'adoration, de dépendance ; nous honorons le bon Dieu par la foi (détail...), par l'espérance (détail) et par la charité (histoires édifiantes, p.170) . Nous honorons Dieu par un profond abaissement de notre âme devant sa majesté suprême, comme étant notre créateur et notre fin dernière ; mais le culte que nous rendons aux saints, est un sentiment de respect et de vénération pour les grâces que le bon Dieu leur a faites, pour les vertus qu'ils ont pratiquées, et pour la gloire dont Dieu les a couronnés dans le ciel. Nous nous recommandons à leurs prières, parce que Dieu leur a donné un grand pouvoir auprès de lui. Lorsque nous honorons les saints, nous ne faisons qu'adorer Jésus-Christ, c'est-à-dire que nous remercions le bon Dieu des grâces qu'il leur a faites pendant leur vie, et qu'il leur fait pendant toute l'éternité ; nous les reconnaissons pour les amis de Dieu et pour nos protecteurs. Nous pouvons dire que c'est pour les saints que Dieu a fait tout ce qu'il a fait. C'est pour eux que Dieu a créé le monde, qu'il le gouverne et le con-serve, c'est pour eux qu'il a sacrifié sa vie en mourant sur la croix, c'est pour eux qu'il a opéré tant de miracles, c'est pour eux qu'il a établi cette belle religion, par laquelle il nous prodigue tant de grâces. Mais pour mieux comprendre l'amour que le bon Dieu a pour eux, voyons le degré de gloire et d'honneur qu'il leur a donné dans le ciel. Jésus-Christ les associe à la compagnie des anges, il les choisit pour ses enfants, ses frères et ses amis, il les établit les cohéritiers de son royaume éternel, il les affranchit de l'esclavage du démon, il les purifie de toutes leurs souillures dans son Sang adorable, il les enrichit de sa grâce et les orne de sa gloire. Voilà bien, M.F., de quoi nous ravir d'admiration, en voyant le degré de gloire où Jésus-Christ les élève. Consolons-nous cependant, nous sommes destinés au même bonheur, si nous voulons imiter ce qu'ils ont fait sur la terre. Le bon Dieu veut nous sauver aussi, il nous aime autant que ses saints. Ils ont souffert quelque temps, il est vrai, mais maintenant tout est fini pour eux ; ils ont été calomniés, humiliés, mis en prison, ils se sont privés des plaisirs, ils ont renoncé à leur propre volonté, ils sont morts à eux-mêmes ; les uns ont passé leur vie dans les déserts, d'autres dans les monastères ; mais, encore une fois, qu'est-ce que tout cela en comparaison du bonheur et de la gloire dont ils jouissent dans le ciel ?...
Ce qui est pour nous une grâce bien précieuse, c'est que Dieu a voulu qu'ils fussent nos protecteurs et nos amis. Saint Bernard nous dit que le culte que nous leur rendons, est moins glorieux pour eux qu'il n'est avantageux pour nous, et que nous pouvons les invoquer avec une grande confiance, parce qu'ils savent combien nous sommes exposés à nous perdre sur la terre, se rappelant les dangers qu'ils ont courus eux-mêmes pendant leur vie. Pour avoir le bonheur de mériter leur protection, il faut bien remercier le bon Dieu des grâces qu'il leur a faites pendant leur vie, et s'efforcer de pratiquer leurs vertus. Nous devons honorer les patriarches et les prophètes, dans leur simplicité et leur ardent amour pour Dieu ; les apôtres, en imitant leur zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes ; nous devons honorer les martyrs en imitant leur patience dans les souffrances ; nous devons honorer les vierges en imitant leur pureté si agréable à Dieu ; nous devons faire tout ce que nous pouvons pour mériter leur amitié et leur protection.
Nous voyons qu'un grand nombre de pécheurs se sont convertis par la liaison qu'ils ont eue avec les saints ; voyez ce jeune homme que saint Jean confia à l'évêque... sans lui il était perdu selon toute apparence . Voyez le changement qui se fit en saint Augustin, par la liaison qu'il eut avec saint Ambroise ! Voyez encore combien sainte Marie, nièce de saint Abraham, fut heureuse d'avoir pour ami un si saint oncle !... Que nous sommes heureux d'avoir pour amis des saints qui nous aiment ; qui, espérant sauver nos âmes, se font un devoir de nous faire connaître nos fautes pour avoir le bonheur de nous en corriger ; en voici un exemple admirable. Une jeune fille, nommée Apolline, fréquentait un jeune homme, sans penser au danger auquel elle s'exposait. Une pieuse compagne, qui voulait la ramener à Dieu, vint un jour l'avertir charitablement du mal qu'elle faisait par ses manières trop libres avec ce jeune homme : « Croyez-moi, ma chère amie, dit-elle, étant plus âgée que vous, je connais mieux votre fragilité. Dans les entretiens et les libertés familières avec des personnes d'un autre sexe, le démon gagne toujours plus qu'on ne peut le connaître ; l'on ne sort jamais de ces sortes de compagnie, sans qu'il ne laisse dans notre âme certaines impressions pernicieuses ; la pudeur peu à peu s'affaiblit, et dès que cette vertu s'est affaiblie dans une fille, elle perd bientôt la crainte de Dieu. Le goût de la vertu ne se fait plus sentir, tout ce que la religion avait de doux et de consolant pour nous, devient gênant et pénible. Les sacrements n'ont plus d'attraits, et, si nous les recevons. c'est sans fruit, quelquefois même avec sacrilège. » Apolline se montra d'abord insensible à ce discours, mais touchée par la grâce de Dieu, elle prit le parti d'aller consulter son confesseur. Celui-ci découvrit à la jeune fille tout le mal qu'elle avait fait, et le danger qu'elle avait couru. « Vous avez fait plus de mal que vous ne pensez, dit le confesseur. L'amitié de ce jeune homme pour vous, et celle que vous avez eue pour lui, vous a été plus funeste que si l'on vous avait plongé un poignard dans le cœur ; au moins on ne vous aurait fait perdre que la vie du corps, tandis que cette amitié vous a fait perdre la vie de votre âme, qui a tant coûté de souffrances à Jésus-Christ ! Il est bien temps de vous retirer de cet abîme où vous vous êtes précipitée. Apolline, touchée du regret d'avoir offensé Dieu, fondit en larmes, remercia son amie des avis charitables qu'elle lui avait donnés, et lui demanda pardon de ses scandales. Elle passa tout le reste de sa vie dans les regrets et la pénitence. Vous voyez, M.F., que si cette jeune fille n'avait pas eu le bonheur d'avoir pour amie une sainte compagne, peut-être n'eût-elle jamais ouvert les yeux sur son état, tant elle s'était aveuglée. Mais si les saints qui sont sur la terre sont déjà si charitables, quelle charité n'ont-ils pas dans le ciel où cette vertu est parfaite ?
Je dis que nous devons invoquer les saints avec une grande confiance ; ces invocations sont une suite de la communion qui unit les fidèles de la terre et les saints qui règnent dans le ciel. Le saint concile de Trente nous dit que, par la prière, nous faisons un saint commerce avec le ciel. Pour nous, qui sommes sur la terre, nous devons invoquer les saints d'une manière suppliante ; afin qu'ils emploient leur pouvoir auprès de Dieu, et qu'ils obtiennent toutes les grâces qui nous sont nécessaires pour vivre saintement sur la terre. Les saints, dans le ciel, règnent avec Jésus-Christ, et lui offrent nos prières quand nous avons recours à eux. Vous voyez donc ; M.F., que nous avons le bonheur de faire un saint commerce avec le ciel, quoique nous soyons encore sur la terre. Oui ! aimons les saints et nous mériterons leur protection. Ils nous aiment encore plus que nous ne pouvons les aimer ; la charité des saints est bien plus parfaite dans le ciel, que celle que nous pouvons avoir sur la terre. Saint Cyprien nous dit que les saints trou-vent leur bonheur à prier pour nous et à nous aider à nous sauver, parce qu'étant assurés de leur gloire, ils se rappellent combien ils ont couru de dangers pendant leur vie. Ils ont reçu de Jésus-Christ un plein pouvoir ; aussi, demandons-leur tout ce que nous voudrons. Soyons-en bien sûrs, M.F., les saints que nous invoquons ont sans cesse les yeux sur nous : nous en avons un bel exemple dans la vie de saint Louis de Gonzague.
Un jeune homme, nommé Wolfgang, devenu aveugle, avait recouvré la vue par l'intercession de saint Louis de Gonzague. Il voulut aller à Rome pour visiter son sépulcre, et, passant dans un lieu désert, il fut attaqué par des hommes qui le dépouillèrent de tout ce qu'il avait, et qui allaient lui ôter la vie. Le pèlerin, avant d'entrer dans ce chemin tout couvert de bois, avait imploré le secours de saint Louis de Gonzague, son saint de prédilection ; il entendit une voix qui lui dit : « Soyez tranquille, ne craignez rien. » Voyant ensuite qu'on allait le maltraiter, il eut recours à son protecteur. Tout aussitôt, il entendit une voix qui lui dit de ne point craindre, et qu'il ne lui serait fait aucun mal. Au même moment apparut un jeune homme, vêtu en ecclésiastique ; qui lui dit « Mon ami, avez-vous besoin de quelque chose ?... Où allez-vous ? » – « Je vais à Rome, répond Wolfgang, je vais vénérer les précieux restes de saint Louis de Gonzague, qui m'a fait recouvrer la vue. » – « Et moi aussi, je vais à Rome, dit l'inconnu. » Puis, se tournant vers les malfaiteurs, d'une seule parole, il les mit en fuite. Wolfgang ne douta plus que cet inconnu ne fût un envoyé du ciel, et n'osa pas lui demander s'il était un ange, ou même saint Louis de Gonzague. Ils se mirent en marche. Arrivés à Florence, Wolfgang vit entrer dans l'appartement où il reposait, un personnage d'une figure extrêmement belle, et qui se mit à chanter. Notre pèlerin fut si ravi, qu'il aurait volontiers passé la nuit sans dormir. La vision disparut bientôt après, mais en lui laissant un cœur brûlant d'amour de Dieu. A Rome, l'envoyé céleste conduisit Wolfgang au tombeau même de saint Louis de Gonzague, puis se sépara de lui, en lui pro-mettant d'autres services pour l'avenir. De retour dans son pays, il raconta les grâces qu'il avait reçues par la protection de saint Louis, afin d'inspirer une tendre dévotion envers ce bon saint . Voyez-vous, M.F., combien les saints sont attentifs à nous secourir, quand nous avons le bonheur d'avoir recours à eux avec une grande confiance ?
II. – Nous disons que non seulement nous devons avoir une grande dévotion aux saints, parce qu'ils ont le bonheur d'être les amis de Dieu, et de jouir à jamais de sa sainte présence, mais encore, nous devons avoir un grand respect pour tout ce qui leur a appartenu. L'Église a toujours beaucoup honoré les reliques des saints, parce qu'ils sont les membres vivants de Jésus--Christ, les temples du Saint-Esprit, les instruments de toutes les bonnes œuvres que Dieu a opérées par eux pendant leur vie et après leur mort : ce qui nous con-sole grandement, et ranime notre foi touchant la résurrection et la récompense de l'autre vie. Oui, M.F., il est une autre vie plus heureuse que celle-ci, et qui nous est réservée, si nous sommes assez heureux pour imiter les saints qui ont vécu avant nous. Que de miracles le bon Dieu n'a-t-il pas faits par les reliques des saints ? Que de morts ressuscités, que de malades guéris. Voyez les apôtres, leur ombre seule guérissait les malades . Les vêtements qui avaient touché le corps de saint Paul, guérissaient les boiteux, rendaient la vue aux aveugles et la santé aux malades . Voyez la croix de Jésus-Christ, la plus précieuse des reliques ; lorsqu'on la fit toucher à un mort , celui-ci se leva comme s'il n'avait fait que dormir. Il est rapporté dans l'histoire que le bon Dieu révéla à un saint religieux, l'endroit où était la tête de saint Jean-Baptiste. Le religieux la trouva, en effet, et, passant dans un lieu où venait de se livrer une bataille, les morts se levaient, comme s'ils n'avaient fait que dormir. Nous devons donc nous trouver très heureux de posséder des choses qui ont appartenu aux saints. Oh ! M.F., nous qui avons tant de reliques, que de grâces nous recevrions des saints, si nous avions le bonheur de les prier, de demander ce qui nous est nécessaire pour nous sauver ! Quelle foi, quel amour ne sentirions-nous pas en nous !
Nous devons encore avoir un grand respect pour tout ce qui les représente. Le saint concile de Trente veut que nous ayons une grande vénération pour toutes les images qui nous rappellent les saints ; en voici la raison. Ces images nous instruisent, elles nous rappellent les mystères de notre sainte religion ; il ne faut quelquefois que la vue d'une image pour nous toucher et nous convertir ; à la preuve de, ceci, je vous raconterai un trait frappant. Un jeune homme, nommé Dosithée, fut de bonne heure confié à un grand seigneur, pour être élevé parmi les pages de sa cour. Ayant entendu parler des saints lieux, il se rendit à Jérusalem, espérant obtenir quelques grâces. Comme il passait à Gethsémani, il aperçut un tableau où était représenté l'enfer, avec les tourments que les démons faisaient endurer aux damnés. Saisi de frayeur, il s'arrêta. Comme il cherchait le sens de ce qu'il avait sous les yeux, il demanda à une vénérable dame, qui apparemment était la sainte Vierge, quels étaient ces malheureux que l'ont faisait tant souffrir. Elle lui répondit que c'était les réprouvés, que le bon Dieu punissait, pour n'avoir pas voulu observer ses commandements et pour avoir négligé de se sauver. Le jeune homme, tout effrayé, demanda ce qu'il fallait faire pour se sauver et n'être pas du nombre de ces malheureux. « Mortifiez-vous, lui dit-elle, priez et jeûnez. », et dans l'instant même, elle disparaît. Le jeune Dosithée, dès ce moment, embrassa la pénitence, il passa dorénavant une grande partie du temps à prier. Un jeune seigneur qui l'avait accompagné dans son voyage, surpris de ce changement, lui dit qu'une vie de prières et de mortifications ne con-venait qu'à un bon solitaire, et non à un jeune homme de qualité comme lui. Dosithée pensant que c'était un piège du démon, et ne voulant pas résister au mouve-ment de la grâce, demanda secrètement où il y avait des solitaires et comment ils vivaient ; on le conduisit au fameux monastère de Saint Séride, où l'abbé chargea saint Dorothée de l'examiner. Après un long entretien, Dorothée croyant voir en lui une véritable vocation : « Allez, mon ami, lui dit-il en l'embrassant tendrement, le bon Dieu qui vous a donné de si bonnes pensées, vous bénira. » Il fut reçu, et passa le reste de sa vie dans les pénitences et dans les larmes. Il mourut en saint . Eh bien ! M.F., vous voyez que la seule vue de ce tableau le toucha, le convertit, le fit vivre et mourir en saint. Sans ce tableau, peut-être serait-il en en-fer ?...
Les images nous instruisent des saints mystères de notre religion et frappent notre imagination. Nous lisons dans la vie de sainte Thérèse, qu'ayant vu un tableau de l’agonie de Jésus-Christ, elle en fut si touchée, qu'elle tomba presque morte. Elle y pensa pendant toute sa vie ; il lui semblait voir continuellement Jésus-Christ dans son agonie au jardin des Olives, prêt à expirer. D'ailleurs, le bon Dieu, pour nous montrer combien le respect que nous portons aux images des saints lui est agréable, s'est servi précisément d'elles pour faire quantité de miracles. Il est rapporté que dans la ville de Rome la peste fit une année des ravages si effroyables, qu'elle semblait ne laisser personne, malgré toutes les pénitences et toutes les bonnes œuvres que l'on faisait. Voyant que rien ne pouvait arrêter ces ravages, le pape saint Grégoire eut la pensée de faire porter en procession une image de la sainte Vierge, qui avait été peinte, dit--on, par saint Luc. Partout où cette image passa, la peste cessa ; et Dieu, pour montrer combien cet honneur que l'on rendait à l'image de sa Mère lui était agréable, envoya un ange qui fit entendre ces mots : « Regina coeli, laetare ; alleluia. » En même temps la peste cessa par-tout . Le respect que nous rendons aux images se rapporte donc aux saints qu'elles représentent, et l'honneur que les saints reçoivent se rapporte à Dieu seul.
Il est encore raconté que l'empereur Léon l'lsaurien avait une telle aversion pour les saintes images, qu'il ordonna de les faire toutes brûler. Saint Jean Damas-cène, alors patriarche d'Alexandrie, etc... . Ce miracle vous prouve combien la sainte Vierge prend plaisir à l'honneur qu'on rend à ses saintes images ; et cet exemple vous enseigne le respect que nous devons avoir pour les images des saints ; aussi ne devez-vous jamais laisser vos maisons sans en avoir quelques-unes, pour attirer sur vous la protection des saints. Les images semblent quelquefois nous montrer les choses dans leur réalité, et souvent elles nous frappent presque aussi fortement que les choses mêmes qu'elles représentent. Voyez ce qui arriva à Bogoris, roi des Bulgares…. . Voyez encore ce qui arriva à sainte Marie Égyptienne, elle reçut la grâce de sa conversion en allant se présenter devant une image de la sainte Vierge.
Il est bien certain que nous ne devons pas mettre notre confiance dans les images, comme faisaient les païens, de leurs idoles ; mais nous devons savoir que l'honneur que nous leur rendons se rapporte au Seigneur, de sorte qu'en honorant les images, nous ne faisons qu'adorer Jésus-Christ et honorer les saints que les images représentent. En effet, M.F., il ne faut souvent qu'un regard sur un tableau pour nous toucher et nous rappeler les vertus qu'ils ont pratiquées pendant leur vie. Tenez, M.F., jetez vos regards sur l'image de Jésus--Christ dans son agonie au jardin des Olives ; on nous le représente pleurant nos péchés avec des larmes de sang ; pouvons-nous trouver quelque chose de plus touchant pour nous faire pleurer notre indifférence ? Combien de pécheurs se sont convertis en considérant le tableau de la flagellation de Jésus-Christ ? Quelle fut la cause des larmes de Madeleine dans son désert, sinon une croix que l'ange Gabriel plaça devant sa cellule ? Qu'est-ce qui fit tant pleurer sainte Catherine de Sienne, n'est-ce pas parce qu'elle vit Notre-Seigneur se présenter à elle comme au moment de sa flagellation ? Parcourez tous les tableaux de cette église, et vous verrez que la moindre réflexion vous touchera, et vous donnera l'heureuse pensée de mieux faire et de vous convertir ; vous verrez en même temps ce que vous avez coûté à Jésus-Christ, ce qu'il a fait pour votre salut, et combien vous êtes mal-heureux de ne pas l'aimer. Si vous regardez le tableau de saint Jean-Baptiste, tout aussitôt votre esprit se trans-porte dans son désert, où vous le voyez nourri et servi parles anges, livré à toutes sortes de pénitences. Ne vous semble-t-il pas le voir, lorsqu'on lui tranche la tête ? Ne vous semble-t-il pas voir le bourreau devant Hérode, prêt à remettre cette tête à la fille impudique ? Si vous voyez saint Laurent, ne pensez-vous pas de suite à tous ses tourments ? Ne croyez-vous pas l'entendre dire au bourreau : « Tournez-moi de l'autre côté, je suis assez brûlé de celui-ci. » Voyez saint Sixte, notre bon patron que vous dit son tableau ?...
Rien, M.F., n'est plus capable de nous toucher et même de nous convertir, que la vue d'un tableau, si nous voulons bien méditer les vertus du saint qu'il re-présente. Aussi devons-nous grandement respecter tout ce qui est capable de nous rappeler et les saints et leurs vertus, mais il faut honorer encore bien plus leurs reliques, quand nous avons le bonheur de les avoir. Nous sommes sûrs que les saints dans le ciel nous aiment, et qu'ils désirent ardemment que nous allions les rejoindre. Ils veulent que nous ayons recours à leur protection ; ils ne nous abandonneront pas pendant notre vie. Ils sont nos amis, nos frères : ayons donc pour eux une grande dévotion ; afin que leurs prières et les petits efforts que nous ferons sur la terre, nous procurent un jour le bon-heur d'aller nous unir à eux pendant toute l'éternité. C'est ce que je vous souhaite.
« Je veux former autour de mon CŒUR une couronne de douze Étoilescomposées de mes plus chers et fidèles Serviteurs. »
— de midi à 13h (ou de minuit à 1h)— avec la Sainte Vierge : pour la Sainte Église, le Pape, les Évêques, les Ordres religieux, les Séminaires et Noviciats, les causes difficiles et désespérées.
— de 13h à 14h (ou de 1h à 2h)— avec Saint Joseph et les Saints du ciel : pour les nations et ceux qui les gouvernent, les diverses administrations civiles, la paix et l’unité.
— de 14h à 15h (ou de 2h à 3h)— avec les Justes de la terre: pour les grandes institutions politiques, civiles et sociales, le caractère religieux des lois et des mœurs, le respect du dimanche.
— de 15h à 16h (ou de 3h à 4h)— avec les Séraphins: pour la famille, le mariage chrétien, les fiancés, les affaires temporelles.
— de 16h à 17h (ou de 4h à 5h)— avec les Chérubins: pour l’enseignement et l’éducation de la jeunesse, ceux qui s’y dévouent, les choix professionnels et vocationnels.
— de 17h à 18h (ou de 5h à 6h)— avec les Trônes: pour le monde du travail, les chefs d’entreprise et les salariés, pour la vie économique et sociale, pour les voyageurs.
— de 18h à 19h (ou de 6h à 7h)— avec les Dominations: pour les personnes affligées, les pauvres, les détenus, les personnes qui sont exposées aux épreuves et à la tentation.
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— de 21h à 22h (ou de 9h à 10h)— avec les Principautés: pour les malades et les agonisants, la persévérance finale et le respect de la vie.
— de 22h à 23h (ou de 10h à 11h)— avec les Archanges: pour les âmes du purgatoire, les gardes d’honneur défunts.
— de 23h à minuit (ou de 11h à midi)— avec les Anges: pour le règne du Cœur de Jésus, les Œuvres eucharistiques et toutes celles qui sont destinées à glorifier le Cœur de Jésus, pour l’extension de la Garde d’Honneur, la fidélité et l’union de ses membres, et en action de grâce pour les bienfaits reçus.
Faites par N.-S. Jésus-Christ à Sainte Marguerite-Marie
EN FAVEUR DES PERSONNES QUI PRATIQUENT LA DÉVOTION A SON SACRÉ CŒUR
- Je leur donnerai toutes les grâces nécessaires dans leur état.
- Je mettrai la paix dans leurs familles .
- Je serai leur refuge assuré pendant la vie et surtout à la mort.
- Je répandrai d'abondantes bénédictions sur toutes leurs entreprises.
- Les pécheurs trouveront dans mon Cœur la source et l'océan infini de la miséricorde.
- Les âmes ferventes s'élèveront rapidement à une grande perfection.
- Je bénirai même les maisons où l'image de mon SACRÉ CŒUR sera exposée et honorée.
- Je donnerai aux prêtres le talent de toucher les cœurs les plus endurcis.
- Les personnes qui propageront cette dévotion auront leur nom écrit dans mon CŒUR, et il n'en sera jamais effacé.
Promesse relative à l'Annonciation.
- « Un jour de l'Annonciation, Notre-Seigneur me fit connaître que je devais honorer ses abaissements par vingt-quatre Ver-bum caro..., me promettant que ceux qui s'y rendraient fidèles ne mourraient point sans recevoir le fruit de son Incarnation par les Saints Sacrements.»
Communion des 9 premiers vendredis.
— « Une autre fois, il me semble qu'il me fut dit après la sainte Communion: « Je te promets, dans l'excès de la miséricorde de mon Cœur, que son amour tout puissant accordera à tous ceux qui communieront les premiers vendredis, neuf mois de suite, la grâce de la pénitence finale ; qu'ils ne mourront point dans ma disgrâce, ni sans recevoir leurs Sacrements , et qu'il se rendra leur asile assuré à cette heure dernière. »
Meurthe-et-Moselle : Pourquoi une chapelle de 158 ans est-elle sur le point d’être détruite alors qu’elle pourrait être sauvée ?
La municipalité prévoit de démolir la chapelle Notre-Dame-de-Pitié, construite en 1868 et qui n'aurait jamais été désacralisée. Urgences Patrimoine dénonce l'absence d'étude préalable de restauration et engage un recours en justice
À Pulligny, la chapelle Notre-Dame-de-Pitié pourrait bientôt disparaître du paysage. Édifié il y a 158 ans, ce lieu de prière, témoin de plusieurs générations de fidèles, fait aujourd’hui l’objet d’un arrêté municipal de mise en sécurité en raison d’un risque d’effondrement. Mais pour l’association Urgences Patrimoine, qui a engagé un recours pour tenter de sauver l’édifice, cette démolition annoncée soulève une question essentielle : a-t-on réellement tout tenté pour préserver cette chapelle avant de décider de sa destruction ?
Le 26 août 2026, la municipalité de Pulligny annonçait une aggravation préoccupante de l’état du bâtiment. Après l’intervention des sapeurs-pompiers, un arrêté de mise en sécurité était pris, entraînant l’interdiction de circulation dans une partie de la rue de la Chapelle. Dans son communiqué, la mairie ne laissait guère de doute sur l’avenir envisagé pour l’édifice : « La démolition du bâtiment va être programmée dès que possible ; la dépose des cloches sera privilégiée afin de conserver une trace de ce patrimoine pullinéen. » Autrement dit, les cloches pourraient être sauvées, mais pas la chapelle qui les abrite depuis plus d’un siècle et demi.
Des alertes dès 2023, mais aucune restauration engagée selon l’association
C’est précisément cette situation que dénonce Urgences Patrimoine. Selon l’association, le Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement de Meurthe-et-Moselle (CAUE 54) avait déjà examiné l’édifice à la fin de l’année 2023 et préconisé des interventions urgentes.
Or, toujours selon l’association, ces recommandations n’auraient pas été suivies d’effet. Aucun devis n’aurait été établi pour déterminer le coût d’une consolidation ou d’une restauration, avant que la municipalité ne s’oriente vers la démolition.
Ces affirmation posent une question légitime : pourquoi attendre qu’un édifice menace de s’effondrer pour envisager sa disparition, alors que son état préoccupant était connu depuis plusieurs années ?
Urgences Patrimoine affirme avoir engagé un recours avant l’expiration du délai du 26 octobre 2026. À ce stade, aucune décision judiciaire suspendant la démolition n’a été confirmée. L’association a également lancé une collecte destinée à financer ses actions juridiques en faveur du patrimoine menacé.
Une chapelle voulue par un prêtre, bénie en 1868
Au-delà de la controverse administrative, Notre-Dame-de-Pitié possède une histoire profondément liée à la vie catholique locale. La chapelle fut construite en 1868 par l’architecte Léon Vautrin, à la demande et aux frais de l’abbé Joseph-Pierre Clément, alors curé de Pulligny. Elle s’éleva à l’emplacement d’un ancien oratoire appelé Savignon et fut bénie le 24 juin 1868 par Mgr Foulon. L’abbé Clément avait souhaité disposer de ce lieu de prière à proximité de sa future résidence de retraite. Mais le prêtre mourut quelques jours seulement après la bénédiction de l’édifice qu’il avait fait construire. La chapelle accueillit également une Pietà datant du début du XVIIe siècle, transférée dans ses murs en 1868 avant de rejoindre l’église paroissiale en 1981.
Ces éléments, rapportés dans l’histoire du patrimoine bâti publiée par la commune elle-même, rappellent que Notre-Dame-de-Pitié n’est pas simplement une construction ancienne. Elle est aussi le témoignage matériel de la foi d’un prêtre et de l’histoire religieuse d’un village.
Une chapelle qui n’aurait jamais été désacralisée
Autre élément soulevé par Urgences Patrimoine : l’édifice n’aurait jamais été désacralisé. Cette affirmation reste à confirmer auprès du diocèse de Nancy et Toul, notamment pour établir son statut canonique actuel. La distinction est importante. Un édifice religieux peut ne plus accueillir régulièrement de célébrations tout en conservant son affectation au culte. La désaffectation civile et la réduction d’un lieu sacré à un usage profane répondent par ailleurs à des procédures distinctes.
La situation de Notre-Dame-de-Pitié interroge donc aussi sur la place accordée au patrimoine religieux rural, particulièrement lorsque des bâtiments anciens deviennent coûteux à entretenir pour de petites communes. La sécurité des habitants constitue évidemment une priorité incontestable. Mais elle n’interdit pas de s’interroger sur les solutions qui auraient pu être envisagées pour conserver l’édifice. À Pulligny, l’enjeu dépasse désormais le seul état des murs. Il s’agit de savoir si une chapelle bâtie par la générosité d’un prêtre, transmise pendant 158 ans et toujours présente dans la mémoire locale, doit disparaître sans que toutes les possibilités de sauvegarde aient été sérieusement examinées. Pour Urgences Patrimoine, la réponse est clairement négative. Reste désormais à savoir si la justice permettra de rouvrir le débat avant qu’il ne soit trop tard.